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La stratégie post-Brexit des universités au Royaume-Uni

1er collectif pour contribuer à la valorisation du doctorat en France

La stratégie post-Brexit des universités au Royaume-Uni

Beaucoup de futurs doctorants et de jeunes docteurs s’interrogent sur la pertinence de faire un doctorat ou un postdoc au Royaume-Uni alors que ce dernier a quitté l’Union Européenne le 1er février 2020. Cette semaine Anthony Bordg, chercheur à l’Université de Cambridge partage avec France Doctorat quelques pistes de réflexion. 

Introduction

La sortie de la période de transition en 2021 pourrait fortement perturber la coopération entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni en matière d’enseignement supérieur et de recherche. En effet, à l’issue de la période de transition le droit de l’UE ne s’appliquera plus au Royaume-Uni, mettant fin entre autres à la libre circulation des personnes. Les relations nouvelles entre l’UE et le Royaume-Uni dépendront largement d’un nouvel accord de partenariat qui succéderait à l’accord de retrait régissant la période de transition jusqu’au 31 décembre 2020. En matière de recherche il sera néanmoins nécessaire pour le Royaume-Uni de rester un partenaire privilégié de l’UE, cette dernière demeurant un acteur majeur de la recherche. Rappelons que les quatre universités bénéficiant le plus des deniers européens pour la recherche sont toutes anglaises : les universités d’Oxford et de Cambridge, University College London et Imperial College London. Dans ces conditions il est vital pour les britanniques de développer en matière de recherche des partenariats durables avec l’UE, notamment avec la France et l’Allemagne qui sont dans ce domaine des partenaires historiques du Royaume-Uni. 

Les points clefs et leurs enjeux

Tout d’abord, le Royaume-Uni devra retenir un accès aux financements européens pour la recherche en participant, sous des modalités qui restent à définir, à Horizon Europe (2021-2027), le prochain programme d’investissement de l’UE pour la recherche et l’innovation. Ce nouveau programme succédera à Horizon 2020 (2014-2020) et son budget de 80 milliards d’euros, dont les universités anglaises ont largement bénéficié comme mentionné plus haut. Le budget annoncé pour Horizon Europe s’élève à 100 milliards d’euro. A l’heure actuelle la participation du Royaume-Uni à ce nouveau programme reste incertaine. 

En second lieu, au-delà de la seule question du financement de la recherche et de l’innovation, le Royaume-Uni devra maintenir la mobilité des chercheurs de l’UE vers celui-ci, pour attirer les talents comme il l’a toujours fait, mais aussi du Royaume-Uni vers l’UE pour favoriser les échanges et les collaborations. 

Enfin, malgré une augmentation annoncée des frais de scolarité pour les étudiants en provenance de l’UE et une possible diminution des financements européens pour la recherche, les universités du Royaume-Uni devront maintenir leur attractivité pour éviter une diminution de leurs recettes liées aux frais de scolarité et pour continuer à attirer de brillants doctorants et chercheurs postdoctoraux. Il y va de l’attractivité et de la compétitivité des universités britanniques.  

Les stratégies implémentées

Pour que le Royaume-Uni soit associé au programme Horizon Europe il pourrait acquérir le statut de Pays Associé, c’est-à-dire un pays non-membre de l’UE mais ayant signé avec l’UE un accord de participation au financement du programme. Le Royaume-Uni deviendrait alors éligible à Horizon Europe au même titre que les Etats-membres. Ainsi de nombreux pays non-membres de l’UE comme la Suisse et la Norvège sont actuellement associés au programme Horizon 2020. Les cinq universités britanniques membres de la Ligue européenne des universités de recherche, un réseau de 23 universités de recherche intensive promouvant le dialogue avec les décideurs politiques, auront sans nul doute à coeur de faire campagne pour ce statut de pays associé.

De plus, dès le résultat du référendum sur la sortie de l’UE certaines universités britanniques ont développé des partenariats avec des universités ou des organismes de recherche de l’UE. Imperial College London a ainsi signé en 2018 un mémorandum d’entente avec l’université technique de Munich. Imperial College London a également inauguré en 2018 une unité mixte internationale pour les mathématiques avec le CNRS, l’UMI Abraham de Moivre. L’idée sous-jacente à ces deux partenariats est d’implémenter une « double nationalité académique » qui permet aux chercheurs d’Imperial d’accéder aux mêmes financements que leurs homologues européens. L’université de Cambridge a lancé quant à elle une initiative similaire avec l’université Louis-et-Maximilien de Munich. Cette stratégie pourrait faire d’Imperial College London et de l’université de Cambridge des choix particulièrement attractifs pour les doctorants et chercheurs français et allemands.

Le Brexit appelle également une réforme des visas pour faciliter l’immigration des chercheurs au Royaume-Uni. C’est pourquoi  le Premier ministre Boris Johnson a annoncé l’ouverture depuis le 20 février 2020 d’un nouveau système de visa accéléré pour les scientifiques, intitulé Global Talent ce système est concomitant d’une initiative de 300 millions pour la recherche en mathématiques afin de maintenir le Royaume-Uni dans une position de leader scientifique.  

Dr. Anthony Bordg
Research Associate
University of Cambridge, UK
https://sites.google.com/site/anthonybordg/

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